Thorsten Botz-Bornstein

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Esthétique Afro-Japonaise et la Modernité du Nouveau Monde

Lanham: Lexington Books. Price Hardback: $65 or EUR 55. ISBN-13: 9780739148457, ISBN-10: 0739148451

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Le Contexte

Le nouveau millénaire pourrait se distinguer par une culture populaire dominée par deux types d’esthétique: le "afro-américain " qui, propulsé par la musique du hip-hop, est devenue mondialement une des cultures préférée des jeunes et l’esthétique japonaise du « kawaii » mondialement répandue par la puissante industrie japonaise du manga. Le philosophe afro-américain Cornel West entrevoit « la culture hip-hop telle qu’elle se manifeste dans le monde entier de nos jours » comme l’exemple de « l’anéantissement de l’homogénéité culturelle du protestantisme anglo-saxon des mâles blancs » (West 1993: 15) et appelle ce phénomène la culture de la « Modernité du Nouveau Monde. De la même façon, la culture du  kawaii s’engage à lutter contre une modernité « officielle » qu’elle tente de remplacer par un mode culturel plus subtil. La fusion des deux cultures crée une constellation captivante. Alors qu’au sein de la culture « blanche » européenne et américaine, le cool et le kawaii – qui signifie littéralement « mignon » – étaient définis comme des notions opposées, la "Modernité du Nouveau Monde", soutenue par l’esthétique afro-japonaise, réunit les deux en suivant un modèle alternatif ou de synthèse à déchiffrer. Cet article tentera de définir cette flexibilité en analysant la dialectique du cool et du kawaii, qui sont caractéristiques de la situation culturelle contemporaine dont la culture populaire représente une des couches importantes. Le cool et le kawaii, en particulier quand ils sont employés comme des concepts interculturels, aident à révéler des desseins sous-jacents, devenus évidents depuis les réflexions de McLuhan concernant le ‘hot’ et, le ‘cool’ dans les années soixante. Ceux-ci ont depuis été renforcés par la mondialisation autant que par la technologie cool de l’internet. A un niveau plus profond, cette dialectique mène vers le développement d’une « Modernité du Nouveau Monde » dont le plus grand défi est la flexibilité.

Cool

L’esthétique du cool se développait sous forme d’attitude comportementale pratiquée par les hommes noirs aux Etats-Unis au moment de l’esclavage. Pendant ce temps, la ségrégation « résidentielle » (residental segregation) rendait nécessaire l’adoption d’un mécanisme de défense spécialisé qui utilisait le détachement émotionnel aussi bien que l’ironie. Une attitude cool aidait les noirs et les anciens esclaves à résister à l’exploitation  c’est le « cool » qui leur permettait de marcher la nuit dans des rues menaçantes. En principe, "être cool" signifie rester calme, même dans le stress.

Kawaii

Kawaii vient originairement du chinois ke’ai qui signifie "ce qui peut être aimé", et il se définit comme mignon, sucré, innocent,  pur, gentil et faible. Au Japon le kawaii est synonyme d’une esthétique qui a gagné une portée nationale. L’esthétique du kawaii se développe depuis les années quatre-vingt et s’est transformée à la fin des années quatre-vingt-dix en une culture distincte dont les animaux du jeu de Pokémon ne sont que les symboles les plus originaux. Aujourd’hui, la culture du kawaii est davantage qu’un style ou une  esthétique. Elle apparaît comme une manière intégrale d’exprimer  une attitude subjective qui se manifeste dans le design, la langue, les mouvements du corps, les relations entre les sexes, et la perception de  soi.

Cool et Kawaii

Les régions partagées, si l’on peut dire, dans lesquelles le cool et le kawaii se rejoignent le plus souvent sont celles-ci:

Contrôle. Le « cool » et le kawaii demandent un effort de contrôle considérable afin de pouvoir fonctionner en tant que style. Ils sont plus efficaces quand ils fonctionnent comme des poses.

Ethnicité. Le « cool » et le kawaii sont des phénomènes culturels, « non-blancs » et, « ethniques » au sens le plus étendu du terme. Bien qu’une tradition du « cool blanc » (en principe associée au mâle solitaire) est fermement établie dans la culture américaine, le « cool » afro-américain domine aujourd’hui le champ. Il en est ainsi depuis que le « cool » a été rétabli dans la communauté noire par le fleurissement de la culture hip hop.

Des exigences subjectives. Les expressions du « cool » et du kawaii semblent suivre des concepts dont la logique dépend de personnages concrets et qui sont par conséquent difficile à établir de façon objective. Souvent les motivations du « cool » et du kawaii sont inconscientes et en conséquence, profondément personnelles. Cela explique pourquoi elles s’opposent souvent au caractère détaché des normes culturelles qui ont été officialisées dans leurs sphères respectives (c’est-à-dire par une société japonaise masculine et par une société blanche américaine).

La valeur commerciale. Si nous remplaçons ‘cool’ par ‘hip,’ le parallélisme ne tiendra pas. En effet, « cool » et kawaii (au moins sous leurs formes les plus développées) sont en désaccord avec les traditions puritaines tout en étant prêts à enterrer une grande partie de leur statut subversif pour figurer en tant qu’éthique dominante du capitalisme de la consommation.

Les tentatives d’atténuer. Le « cool » et le kawaii représentent des techniques sociales provocatrices. Celles-ci tentent d’absorber les symptômes de stress liés aux relations de pouvoir devenus problématiques dans les sociétés exagérément hiérarchiques et, aux actes de violence.

La recherche de la sécurité. Les japonais qui s’enclavent des images de Hello Kitty, « étalent un sens de sécurité dans leurs vies » (Allison 2002: 5). En parallèle, « être cool » apporte ce même type de sécurité à l’homme noir.

Narcissisme. Il y a une autoréférence dans les cultures « cool » et kawaii. Il a été dit de la shôjo – la fille kawaii typique (voir ci-dessous) – qu’elle était « investie d’un prépondérant narcissisme» (Treat 1996: 298). La même chose peut être dit de l’homme cool dont la pose dénote un vide de signification potentiel.

L’identité de groupe. Les concepts « cool » et kawaii fonctionnent comme des valeurs sociales bien établies que parce qu‘elles sont capables d’exprimer une identité de groupe à travers un certain style. Les personnages kawaii servent en tant que symboles d’identité (cf. Allison 2004: 40) en consolidant en même temps leur propre définition à travers le groupe. Des schémas de groupe qui sont typiques au Japon accélèrent ces développements. De la même façon, l’attitude « je suis parce que nous sommes » des afro-américains (Hord & Lee 1995) que Cornel West a valorisé comme manifestation du criticisme afro-américain vis-à-vis des conceptions du monde cartésien (West 2003: 7) a été essentielle pour l’établissement du « cool » en tant que phénomène social.

Elasticité. L’élasticité est intrinsèque aux significations de « cool » et de kawaii qui couvrent uniquement des vastes champs d’expressions esthétiques parce qu’ils réunissent en eux des éléments contradictoires.